Frictions urbaines (d'ici et d'ailleurs)

Frictions urbaines (d'ici et d'ailleurs)

04.10.2023 – 06.10.2023

Les villes sont souvent considérées comme des espaces de flux, de relations et de connexions, à travers lesquelles les êtres humains construisent collectivement leurs vies et mettent en œuvre des initiatives conjointes. Ceci étant dit, qui dit flux, relations, connexions, dit aussi frictions, conflits, transgressions. Il existe d’ailleurs une longue tradition de recherche qui appréhende les villes comme des foyers de violences et d’insécurités en tout genre, mais aussi comme le théâtre de confrontations sociales, politiques, idéologiques. À partir d’une approche interdisciplinaire et relationnelle de l’urbain, ce colloque invite à explorer les frictions urbaines à partir de leur statut intrinsèquement ambivalent : ces frictions peuvent en effet à la fois déstabiliser voire menacer nos modes de vie et de gouvernance urbaine, tout comme elles participent également à les transformer et à les reconfigurer. Comment penser la friction urbaine depuis cette ambivalence ? Comment interpréter les différents types de frictions en contexte urbain ? Comment agissent-elles sur les réalités sociales, spatiales et politiques des villes ?

La friction, qu’elle advienne entre plusieurs acteurs/trices, individuels ou collectifs, plusieurs rationalités, ou plusieurs visions du monde, produit ainsi des étincelles. Ce colloque de sciences sociales propose d’examiner ces dynamiques à travers quatre axes interrogeant chacun le monde urbain à partir d’une tension paradigmatique. Premièrement, la relation entre les villes et l’environnement – les façons dont villes et nature sont mises en opposition, s'enchevêtrent ou se (re)concilient, notamment en lien avec les questions de transition écologique. Deuxièmement, les dimensions matérielles et infrastructurelles des villes – la morphologie urbaine et les flux qui la façonnent, ainsi que les relations de pouvoir qui structurent le développement urbain. Troisièmement, les déviances urbaines – l’insécurité, le crime, la violence et le conflit, comme transgressions, mais aussi leurs régulations, leurs représentations, et leurs multiples effets ambivalents. Et quatrièmement, les relations entre ville et citoyenneté – les multiples formes de citoyenneté en milieu urbain, allant des cadres institués de participation démocratique à leurs usages, contestations et détournements.

Considérés ensemble, ces quatre axes thématiques offriront des perspectives différentes et complémentaires sur les multiples réseaux d’acteurs et d’actrices qui constituent l’urbain, ainsi que la façon dont ceux-ci et celles-ci s’assemblent et se défont. Ces axes seront complétés par une réflexion transversale, méthodologique et éthique sur la place du chercheur ou de la chercheuse dans les frictions urbaines qu’il ou elle étudie. Ainsi, il s’agit moins dans ce colloque de défendre et d’enfermer la friction dans un objet de recherche ou une conceptualisation particulière, que de l’envisager comme une perspective sur la ville, un angle heuristique à investir ensemble pour explorer les relations, les normes et les processus qui font, défont, et transforment les villes à travers le monde. Se frotter, intellectuellement, physiquement et visuellement à ces frictions, par le débat, l’exploration urbaine, et la médiation dessinée : telle est l’ambition de ces quelques jours collectifs.

Lieu

Voir le programme

Organisé par

Faculté des sciences de la société

entrée libre

Classement

Catégorie: Colloque

Plus d'infos

www.unige.ch/urbanhub/bienvenue/colloque-frictions-urbaines/

Contact: missing email

Sous-événements

04.10.2023 09:00 – 12:30

Organisé durant la matinée du 4 octobre 2023 (09h00-12h30), cet atelier est à destination de (post)doctorant-e-s inscrit-e-s dans les sciences sociales de l’urbain (anthropologie, sociologie, sciences politiques, géographie, démographie…) et désireux/euses d’échanger et de bénéficier de retours réflexifs sur trois types de « frictions », qui peuvent survenir dans et par l’enquête urbaine : La friction dans les relations qui (dé)font l’enquête, tant dans les enjeux de connexions, complicités et échanges avec les participant-e-s à la recherche, que les conflits, incompréhensions et rapports de pouvoirs qui peuvent s’y (dé)jouer. Autrement dit : Comment l’enquête s’inscrit-elle dans des rapports intersectionnels de pouvoir qui la contraignent et comment les prendre en compte ? Comment naviguer des conflits, s’impliquer, et prendre ou non parti dans les enquêtes ethnographiques ? Comment et pourquoi construire des connexions humaines de plus long terme, de type collaboratif ? La friction dans le traitement des données dites sensibles, au sens où elles suscitent des intérêts extérieurs d’autres acteurs/trices, au risque de la récupération, de l’instrumentalisation des données au détriment à la fois du/ de la chercheuse et des participant-es à sa recherche. Autrement dit : Comment des acteurs/trices extérieur-es à la recherche peuvent-ils/elles aider ou freiner l’accès à certaines données ? Comment identifier, protéger et utiliser ou non les données dites sensibles pour soi et les autres ? Comment écrire face aux risques de récupération politique ? La friction dans la parole publique de la recherche, interrogeant ainsi la manière dont les chercheurs/euses et leurs travaux, sont eux/elles-mêmes pris dans des débats et conflits de société dans lesquels ils/elles peuvent choisir de s’engager. Autrement dit : Comment et pourquoi intervenir dans le débat public en tant que chercheur/euse ? Quelles sont les cadres et les pressions qui permettent/contraignent la parole publique dans le cadre universitaire ? Par quels médias, selon quelles temporalités et sous quel format participer au débat public ? L’atelier sera encadré par Ghaliya Djelloul (UNIL), Patrick Naef (Urban Hub) et Dennis Rodgers (ERC Gangs) . Il laissera une grande place aux partages d’expériences, craintes, et réflexions des (post)doctorant-es aux différents stades de leur recherche.

05.10.2023 09:15 – 06.10.2023 17:15

LES (INFRA)STRUCTURES URBAINES jeudi matin 5 OCTOBRE 2023 Discutant-e : Armelle Choplin (keynote speaker) et Ola Söderström (UNINE) Présentations de Patrick Belinga (Urban Hub), Sébastien Lambelet (Urban Hub), Sylvy Jaglin (Université Gustave Eiffel) et Jon Schubert (UNIBAS) La matérialité des villes s’exprime à travers l’organisation infrastructurelle de leur territoire, les politiques et les économies foncières qui les façonnent, ainsi que les services publics et privés qui les gèrent. Si les bâtiments, les rues et les quartiers incarnent une certaine fixité permettant de se repérer, de s’identifier ou de se projeter, ils sont aussi le produit de dynamiques internes et externes caractérisées par des flux de personnes, de capitaux, de matériaux ou de connaissances. Autrement dit, la matérialité urbaine est ancrée dans des lieux, mais aussi dans des réseaux allant bien au-delà des limites physiques de la ville : les liens entre le pouvoir, la gouvernance et la matérialité sont critiques à cet égard et cristallisent, voire institutionnalisent, les conflits d’intérêts, les inclusions et les exclusions qui font la friction urbaine. Cette perspective à la fois matérielle et institutionnelle, territoriale et relationnelle, implique de remonter les filières qui structurent un développement urbain et qui participent ainsi à ses configurations socio-politiques. Quelles trajectoires suivent les politiques urbaines et quelles sont les frictions qu’elles rencontrent lorsqu’elles bâtissent un cadre de vie ? Comment les infrastructures et leurs réseaux concourent au maillage territorial et social d’une ville ? Comment des flux transforment des formes, et quelles sont les relations de pouvoir qui les structurent ? Cette session interroge le caractère réticulaire de la matérialité urbaine et insiste sur les tensions entre celles et ceux qui construisent la ville. LA VILLE (CONTRE)NATURE jeudi après-midi 5 OCTOBRE 2023 Discutantes : Joëlle Zask (keynote speaker) et Joëlle Salomon-Cavin (UNIL) Présentations de Malou Allagnat (Université de Bretagne occidentale), Alice Guilbert (Urban Hub), Orlane Moynat (Urban Hub) et René Veron(UNIL) Ville et campagne, urbanisation et environnement, semblent être historiquement des couples irréconciliables. Si l’urbain souvent s’étale, c’est au détriment des terres agricoles et de ressources énergétiques conséquentes. Mais l’histoire offre aussi des exemples de villes compactes, où la densité permet des économies de moyens tant en termes de production que de consommation. Et la nature s’invite désormais en ville : que ce soit par des projets de renaturation des cours d’eau ou de valorisation des espaces verts, mais aussi à travers les problématiques énergétiques ou climatiques que connaissent nos sociétés contemporaines. Foyers de problèmes environnementaux majeurs, les villes peuvent aussi être des foyers de créativité pour mettre en œuvre des modalités de transition écologique. Comment concevoir la nature autrement que comme une ressource à exploiter ? Nature et urbanité sont-elles vraiment antinomiques ? Quel rôle attribuer aux villes face au changement climatique ? Comment mettre les villes et les pratiques sociales au service de l’aménagement du territoire et du ménagement de ses ressources ? Cette session explore la notion de « nature » et des ressources qui y sont associées en ville, ainsi que les possibilités de conciliation entre développement urbain et sobriété énergétique à l’ère de l’anthropocène. (PER)FORMER LA CITOYENNETÉ vendredi matin 6 OCTOBRE 2023 Discutant-e : Marie-Hélène Bacqué (keynote speaker) et Lucas Pattaroni (EPFL) Présentations de Karine Duplan (Urban Hub), Matthijs Gardenier (Université de Montpellier 3), Luca Piddiu (Urban Hub) et Morgane Rudaz (Urban Hub) La ville est un espace politique et fait l’objet de mobilisations visant à modifier les rapports de pouvoir structurant les accès différenciés à ses opportunités. Menées par des groupes sociaux aux intérêts tantôt convergents, tantôt concurrents, ces contestations peuvent être comprises comme des actes de citoyenneté visant à se réapproprier l’espace urbain, autrement dit une forme de participation “par le bas”. L’espace urbain n’est toutefois pas uniquement l’objet des luttes, il en est également le théâtre, le lieu d’expression permettant de visibiliser les actes de citoyenneté, de performer les revendications, de participer à la démocratie et de (re)façonner les villes. En même temps, les villes sont aussi un terrain d’instrumentalisation de la participation par les autorités et le foyer de citoyennetés à géométries variables. Comment la ville produit-elle des espaces et pratiques de citoyenneté « légitime » ? Et comment en retour des groupes sociaux revendiquent des formes de citoyenneté qui vont reconfigurer les espaces urbains ? En quoi ce double mouvement donne-t-il lieu à de nouvelles frictions urbaines ? Cette session entend donc aborder les frictions générées par les actes de citoyenneté, dans un contexte urbain où cohabitent des populations de plus en plus différenciées, et où les groupes d’appartenances et rapports sociaux se complexifient. LES DÉVIANCES (DÉ)RÉGULÉES vendredi après-midi 6 OCTOBRE 2023 Discutants : Laurent Fourchard (keynote speaker) et Loïc Pignolo (Urban Hub) Présentations de Corentin Cohen (Université d’Oxford), Alice Daquin (ERC Gangs) avec Chiara Feliciani et Lene Swetzer (ERC Gangs), Elorri Harriet (Urban Hub) et Luana Motta (Universidade Federal de São Carlos) avec Géraldine Bugnon (Urban Hub) L’espace urbain fait cohabiter une pluralité d’acteurs/trices et de pratiques dont une partie est parfois labellisée comme déviante et menaçante. Généralement désignées ainsi en raison de leur “violence”, leur “illégalité”, leur “incivilité”, ou bien tout simplement, de leurs “différences”, ces pratiques se voient problématisées et régulées par des acteurs/trices individuels et collectifs, formels et informels, étatiques, institutionnels et communautaires au nom de motifs variés. En même temps, les individus faisant l’objet de ces régulations résistent ou contestent ces dernières, et trouvent dans l’urbain des ressources spécifiques pour y faire face. Il en ressort un univers complexe où s’enchevêtrent pratiques de transgression et de régulation, qui sont façonnées par la ville en même temps qu’elles contribuent à la transformer. Comment certains phénomènes deviennent-ils des “déviances urbaines”, et comment ce label change-t-il en fonction des époques et des contextes ? Que dissimulent et permettent ces processus de labellisation ? Comment la ville (ses dynamiques, ses espaces, ses populations) affecte-t-elle les politiques de régulation des déviances ? Comment des dispositifs de régulation se manifestent-ils et sont-ils appropriés et détournés au quotidien dans les espaces urbains, par les expériences et les pratiques de différents groupes sociaux ? Cette session vise donc à explorer les frictions produites par la régulation hybride, fragmentée et ambivalente des déviances en milieu urbain à partir d’un double déplacement du regard : des acteurs/trices étatiques vers les publics soumis à la régulation d’abord, des territoires institutionnels vers les territoires urbains ensuite.

06.10.2023 17:45 – 20:00

Marie-Hélène Bacqué, sociologue et urbaniste, Armelle Choplin, géographe, Laurent Fourchard, historien et politiste, et Joëlle Zask, philosophe, débâteront respectivement des frictions liées à la citoyenneté urbaine, la gouvernance des infrastructures, les déviances urbaines, et la transition écologique. Considérés ensemble, ces quatre axes offriront des perspectives différentes et complémentaires sur les multiples réseaux d’acteurs et d’actrices qui constituent l’urbain, ainsi que la façon dont ceux-ci et celles-ci s’assemblent et se défont. La table ronde sera introduite par le Conseiller administratif de la Ville de Genève Sami Kanaan, Vice-président de l’Union des villes suisses, et modérée par le Professeur Dennis Rodgers.